← Articles

Le débrief d'Embrun

Natation limite sur la barrière horaire, vélo lancé à fond, 30 km de course à pied sous 34 degrés. Voilà ce qu'a été le XL d'embrun.

Le débrief d’Embrun

Le 28 juin.

C’est fait.


La natation — 1:03:43

Pas de glisse.

Dès les premiers mètres j’ai su que ça allait être long.

La première boucle s’est passée correctement.

Mais dans la deuxième, les lunettes ont commencé à prendre l’eau.

Deux arrêts pour les remettre en place, un rythme qui ne s’installe jamais vraiment.

Je n’étais pas pressé non plus.

La gestion d’énergie sur une telle journée, ça commence dès l’eau.

À la sortie, ma montre affichait 2740 mètres.

Le parcours annoncé était de 2500.

Bug de montre ou parcours plus long, difficile de savoir avec une montre achetée 48 heures avant le départ.

Ce que je sais, c’est qu’en mettant le pied sur la terre ferme, j’ai entendu que je n’étais qu’à deux minutes de la barrière horaire.

Deux minutes.

La barrière de natation est fixée à 1h05 pour les hommes.

Courte. Sélective. Et je ne le savais pas vraiment.

Avec le départ du L derrière nous, ils ne pouvaient pas se permettre d’attendre.

Ce fut la claque de réveil dont j’avais besoin.


Le vélo — 4:22:25

J’avais prévu de partir sur 5 heures.

Garder de l’énergie pour la course à pied, ne pas s’emballer, rester raisonnable.

Mais après l’adrénaline de la natation, les jambes étaient là.

Vraiment là.

Et il était hors de question de les brider.

Ce vélo a été un vrai plaisir.

Des jambes, une nutrition à peu près maîtrisée, et l’occasion de rattraper quelques copains partis sur le L.

Quelques mots lancés en passant, des encouragements, et puis on continue.

Avant le dernier col, j’ai aperçu mon coach sur le bas-côté.

Arrêté.

La course terminée pour lui, à cause d’une cassure vélo.

Triste de le voir là, lui qui avait fait une vraie course et qui s’était entraîné pour ça.

Mais c’était la bonne décision.

Il n’y avait rien d’autre à faire.

Vers 10 heures du matin, sur le dernier col, le soleil a décidé de ne plus nous épargner.

Les watts avaient du mal à rester au-dessus de 200.

Heureusement, j’avais glissé un bidon d’eau supplémentaire dans le dos de la trifonction.

De quoi m’arroser et tenir la température.

Le col passé, les jambes sont revenues.

Les derniers kilomètres se sont bien passés.

Une seule chose a gâché le plaisir.

Voir autant de gens drafter quand on joue à la régulière.

C’est dommage.

Mais c’est Embrun aussi.


La course à pied — 3:26:59

J’ai posé le vélo vers midi.

Je savais ce qui m’attendait.

30 kilomètres.

34 degrés.

Pas les jambes qui allaient poser problème.

La chaleur.

Dès le premier kilomètre, les jambes étaient lourdes.

Ces petites relances autour du lac en plein soleil.

Dans ma tête, j’espérais tenir 3 heures.

J’ai vite compris que ça allait être bien plus.

Les ravitaillements tous les 2,5 kilomètres sont devenus le seul repère de la course.

S’arrêter.

Mouiller la nuque, la casquette, les bras, les jambes.

Boire de l’eau, du coca, de la St-Yorre.

Manger un bout de banane.

Et repartir.

Au kilomètre 6, une douleur dans le bas du ventre.

Nutrition mal passée, trop d’eau, impossible de savoir.

Première fois dans une course que je m’arrête aux toilettes.

Avec l’attente.

Le temps perdu en valait la peine.

La douleur est passée.

J’ai pu continuer.

Enfin, continuer.

C’est peut-être trop fort comme mot.

Survivre, plutôt.

Un pied devant l’autre, sous un soleil qui ne voulait pas lâcher.

Garder le corps frais.

Ne pas monter le cardio.

Je savais que si les BPM s’envolaient comme sur certains entraînements, ce serait terminé.

Ce qui a changé quelque chose, c’est les gens.

Croiser les copains qui couraient le L sur le même tracé.

Et surtout, les familles du club présentes sur le bord.

Crier, encourager, ne pas lâcher.

Dans ces moments-là, ce genre de présence vaut plus que n’importe quelle stratégie de course.

Ça m’a évité de prendre la facilité et de DNF sous cette chaleur.

Et puis, dans un coin de la tête, il y avait aussi mon coach.

Lui qui n’aurait pas cette chance à cause d’un problème de matos.

Passer la ligne, c’était aussi pour lui.

30 kilomètres.

La ligne d’arrivée enfin.


L’arrivée

On ne sait jamais vraiment comment célébrer ces moments-là.

J’ai tiré la langue et j’ai profité.

Puis je me suis écroulé à l’ombre sous la tente des bénévoles.

Ils m’ont retiré la puce, passé une grande médaille autour du cou.

J’ai vidé le reste de ma flasque d’eau encore fraîche sur la tête.

Puis je me suis relevé.

Pas de grosse faim.

La chaleur et la fin de l’effort coupaient l’appétit.

Rien à voir avec le 70.3 d’Aix où j’avais vidé le ravito final.

Là : trois morceaux de pastèque fraîche, deux verres de coca, un litre de St-Yorre.

Et aller retrouver tout le monde.


C’était Embrun.

Pas parfait.

Loin de là.

Mais jusqu’au bout.

Et c’est déjà beaucoup.